La bibliothèque d'Allie

Bienvenue dans ma bibliothèque! Auteurs, chroniques, littérature, extraits, dossiers, liens, etc. De tout pour vous donner le goût de lire!

01 juillet 2009

Le Loup des Îles

loupdesilesClaudine Douville
Série La louve des mers tome 2
Libre expression
589 pages

Résumé:

1711. Marie Galligan coule des jours tranquilles à la baronnie de La Rochelle, tandis que son époux, le capitaine Étienne de Beauval, court les océans pour le compte du roi à bord du Gergovie. Mais un drame forcera Marie à retourner en mer, malgré l’interdiction royale. Une nouvelle quête la conduira à traverser l’Atlantique, à découvrir de nouveaux horizons et à poursuivre son ennemi implacable, Marek, le corsaire du roi qu’elle croyait enchaîné aux  travaux forcés dans les colonies françaises. Elle pourra compter sur l’appui de son fidèle ami Julien Legoff et sur celui du troublant capitaine Simon Vercoutre. Que ce soit à cheval à travers la France, sur le pont du Fleur de lys ou dans l’atmosphère tropicale des îles des Antilles françaises, l’action ne manque pas autour de la jeune femme, fermement déterminée à sauver son bonheur. Étienne, ignorant du drame qui a touché son épouse, arrivera-t-il à temps pour la sauver… et sauver leur amour ? Qui, de Marek ou de Marie, aura le dernier mot ?

Mon commentaire:

L'an dernier j'avais lu avec beaucoup de plaisir La louve des mers, qui est le premier tome des aventures de Marie. J'avais aimé cette lecture et le portrait de femme que dépeint l'auteur. Cette suite est à la hauteur du premier et le plaisir de lecture était au rendez-vous. Dans ce deuxième tome, Marie part sur les routes de France afin de retrouver son petit garçon Thierry, enlevé par Marek, l'ancien corsaire du roi. Marie étant responsable de son bannissement, Marek veut se venger de la belle. Marie, accompagnée de son compagnon de toujours Julien Legoff, sillonnera les routes de France puis s'embarquera sur un navire pour tenter de retracer son fils. Cependant, les choses ne seront pas faciles pour eux...

Marie est un beau portrait de femme. Forte, vaillante, une vraie pirate, qui aime la mer et les bateaux. Elle a de bonnes connaissances en herboristerie et se passionne pour les plantes et leurs vertus. La vie confinée dans son domaine lui est difficile, elle a le sentiment de s'enliser et l'ennui se pointe bien vite. Elle a l'habitude des batailles, des tempêtes et de vivre auprès des hommes, même si les pirates des années 1700 sont souvent très attirés par elle, vu le peu de femmes sur les bateaux...

Le Loup des îles est un bon roman d'aventure, qui allie tous les ingrédients nécessaires à en faire une belle lecture de vacances: amour, naufrage, survie en forêt, rencontre avec des tribus hostiles, batailles navales... Le tout est bien dosé, le suspense progresse bien d'une page à l'autre et l'aventure, l'exotisme et le soleil nous attend au tournant. L'auteur connaît très bien son sujet, est bien documentée sur la navigation, la vie en mer, les îles françaises de l'époque.

La Louve des mers et Le loup des îles sont donc de bonnes lectures d'été, parfaites pour glisser dans les valises et s'offrir dépaysement et aventures!

Un extrait:

"La crête de la montagne était pelée, comme la tête d'un homme qui n'aurait plus qu'une couronne de cheveux comme parure. Lorsqu'ils atteignirent le sommet, les compagnons eurent droit à un spectacle à couper le souffle. Ils avaient une vue extraordinaire sur l'île. Pas un nuage ne voilait le soleil et on pouvait distinguer avec précision les plus et replis du terrain. À l'ouest se découpait la côte sous le vent et on voyait les bateaux danser dans la crique qu'ils avaient quittée quelques heures plus tôt. La mer, d'un bleu profond au large, prenait des nuances turquoise au bord des plages." p.567

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25 juin 2009

La Grosse île: terre de chagrin et d'espoir

grosseileAnne Renaud
Les éditions Homard
24 pages

Résumé:

De 1832 à 1937, plus de quatre millions de personnes ont traversé l’Atlantique jusqu’au port de Québec dans le rêve de se créer une vie meilleure dans le Nouveau Monde. Durant cette période, une petite île appelée la Grosse-Île, située à 50 kilomètres en aval du port, a servi de station de quarantaine. Elle avait pour mission d’éviter que les passagers des navires ne répandent des maladies sur le continent. Ce livre retrace l’histoire de l’île qui a servi à la fois de porte d’entrée et de cimetière pour les milliers de gens qui ont accosté sur ses rives, et des ouvriers de l’île dévoués qui les ont accueillis.

Mon commentaire:

Cet album, d'abord conçu pour la jeunesse, est très intéressant pour tous. Le texte est assez concis, mais le livre peut être lu avec plaisir pour les jeunes à partir de 8 ans environ. Les adultes y trouveront leur compte dans la mise en page soignée et l'occasion de voir en images un peu de la vie des émigrants irlandais qui ont quitté leur pays en quête d'une vie meilleure de ce côté-ci de l'océan. Des guerres Napoléoniennes jusqu'au lieu de mémoire qu'est aujourd'hui Grosse-Île, l'auteur nous plonge sur les mers et nous explique les débuts de l'île. À l'époque, la traversée en bateau jusqu'ici dure en moyenne de six à dix semaines. Les irlandais quittent en masse leur pays avec l'espoir au coeur, car le mildiou attaque leurs récoltes. Grosse-Île est d'abord une station de quarantaine pour les bateaux arrivant au Canada. Le choléra sévit sur les navires et les médecins ne savent pas comment se transmet la maladie. Ils examinent rapidement les passagers et délivrent un certificat sanitaire au navire. Mais plusieurs passagers tombent malades après avoir franchit le poste de quarantaine et la propagation augmente dans les colonies.

Le livre est très intéressant puisque c'est l'occasion de voir des affiches de l'époque, des objets utilisés par les émigrants, d'en apprendre plus sur les moeurs et coutumes, sur la médecine, mais aussi sur les différents narives. On apprend entre autre que le Jeanie Johnston avait à son bord un médecin aux aguets, qui insistait sur l'hygiène et le grand air. Il fera 16 traversées et aucun de ses passagers ne sera malade. Ce qui est d'autant plus rare que de nombreux navires sont rebaptisés les "navires-cercueils"...

Un fait qui m'a également étonnée et auquel je n'avais jamais pensé, c'est que de nombreux employés travaillent dans l'île et qu'une douzaine de familles, avec leurs enfants, y vivent. Ils ont une école, entretiennent les bâtiments et élèvent des animaux. Après le passage des émigrants, l'île aura plusieurs vocations, avant de devenir un site historique en 1974. Les dernières pages du livre y sont consacrés.

Lieu de tristesse, de mort pour plusieurs, étape vers une nouvelle vie pour d'autres, Grosse-Île est un lieu chargé d'histoire que je souhaite ardemment pouvoir visiter un jour...

En complément:

Pour d'autres livres sur Grosse-Île, cliquez ici. Des nouveaux titres s'ajouteront au fil du temps.
Faites une visite virtuelle de Grosse Île.

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23 juin 2009

Anne... la maison aux pignons verts

anne1Lucy Maud Montgomery
Série Anne tome 1
Québec Amérique
374 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Sur le quai de la gare, Marilla et Matthew attendent l'orphelin qui les aidera sur leur ferme. C'est une rouquine aux yeux pétillants qui se présente... Jouir de la magie des mots, rire de ses propres défauts, s'émerveiller face à la nature, découvrir un coin de pays pittoresque, voilà ce qui nous attend dans ce roman inoubliable.

Mon commentaire:

Je connaissais Anne à travers la télévision, mais je n'avais jamais abordé le classique de Lucy Maud Montgomery. C'est chose faite et c'est un véritable coup de coeur! Anne est une enfant pétillante, remplie de magie, qui continue de s'émerveiller même à l'aube de l'âge adulte. Anne c'est l'enfant qui sommeille en chacun de nous, c'est le feu d'artifices de notre imagination, c'est la beauté de la nature et des réflexions qui charment tout le monde, y compris Marilla qui, à contrecoeur au début, décide finallement de garder Anne près d'elle. L'univers d'Anne est féérique.

Anne est une fillette bourrée d'imagination, romantique à souhait, qui sait rendre intéressant une simple anecdote ou donner un côté théâtral à la vie, tout simplement. Elle sait se faire aimer de tous, même en étant incroyablement maladroite et en enchaînant les bévues et les oublis. Elle donne le sourire à ses détracteurs, qui finissent par la prendre en affection avec ses manières spontanées et son bavardage incessant. Puisant dans son imagination débordante, c'est ce qui lui a permit de survivre d'une famille d'accueil à une autre, en passant par l'orphelinat, jusqu'à se retrouver à Green Gables (Pignons verts). Là-bas, elle fait le bonheur de Matthew et même de Marilla, qui ne veut se laisser aller à ses sentiments, mais qui tombe elle aussi sous le charme de la petite rouquine.

L'univers d'Anne est rempli de poésie, de notes sur la nature, les fleurs, la vie à Green Gables. Anne aime les livres et rêvasser en regardant par la fenêtre du pignon est, là où se trouve sa chambre. En quelques phrases, Lucy Maud Montgomery nous rend tout de suite sympathique sa jeune héroïne et nous plonge dans un univers enchanteur, à Avonlea. L'écriture est limpide, rafraîchissante, à l'image d'Anne. On a l'impression d'être nous aussi à Green Gables et de partager la vie d'Anne et des siens. Certains chapitres sont drôles et amusant, d'autres sont plus émouvants.

Les histoires d'Anne se poursuivent à travers plusieurs autres tomes et l'univers d'Avonlea nous est raconté à travers quantité d'autres romans et recueils de nouvelles que je compte bien lire au fil du temps. Cette rencontre avec Lucy Maud Montgomery en est une magnifique, sa petite Anne étant une enfant magique qui a su me charmer dès ses premières interventions dans le roman.

À découvrir, à lire, assurément! Un grand classique magnifique!

Quelques extraits:

"Vous ne vous imaginez jamais que les choses sont différentes de la réalité?", demanda Anne, les yeux écarquillés.
"Non."
"Oh!" Anne poussa un profond soupir. "Oh, mademoiselle, oh Marilla, si vous saviez ce que vous perdez!"
p.65

"Marilla sentait confusément, sans rien y pouvoir changer, que tout cela méritait les plus sérieux reproches, mais elle était incapable d'en faire, car, incontestablement, certaines choses qu'Anne venait de dire, en particulier à propos des sermons du pasteur et des prières de M. Bell, correspondaient exactement à ce qu'elle avait toujours pensé, en son for intérieur, depuis des années, sans jamais osé le dire. Il lui sembla même que ces pensées critiques intimes qu'elle n'avait jamais exprimées venaient de prendre une forme concrète et accusatrice, en la personne de ce petit bout d'humanité abandonnée qui ne manquait pas d'audace." p. 98

"... espérer quelque chose, c'est déjà ressentir la moitié du plaisir que cette chose vous procurera", s'exclama Anne. "Il se peut qu'elle ne se produise pas, mais il vous restera toujours le plaisir de l'avoir espérée. Mme Lynde dit "Bienheureux ceux qui ne s'attendent à rien, car ils ne seront pas déçus." Mais je pense, moi, qu'il est pire de ne s'attendre à rien que d'être déçu." p.114

"Il y a en moi beaucoup d'Anne différentes. Je pense, parfois, que c'est pour cette raison que je cause tant de problèmes à tout le monde. Si j'étais une seule et unique Anne, ce serait certainement plus pratique pour les autres, mais ce ne serait pas aussi passionnant." p.196

"Marilla, n'est-il pas merveilleux de penser que demain commence une journée dépourvue de bêtises?
"Je te fais confiance pour remédier à cela", dit Marilla, "tu n'as pas ta pareille pour commettre des bêtises, Anne."
"Oui, je ne le sais que trop bien", admit Anne, tristement. "Mais Marilla, n'as-tu pas remarqué quelque chose d'encourageant? Je ne fais jamais la même bêtise deux fois."
"Je me demande où est l'avantage, puisque tu en inventes toujours de nouvelles."
"Mais, oh, Marilla, ne comprends-tu pas? Il doit bien y avoir une limite au nombre de bêtises qu'une personne peut inventer, et, quand j'aurai atteint cette limite, ce sera terminé. Tu ne peux savoir à quel point cela me réconforte."
p.214

En complément:

Un site web en français sur Lucy Maud Montgomery.
Le site officiel d'Anne of Green Gables.
Celui sur les 100 ans de l'histoire d'Anne.
Un dossier d'archives et plusieurs vidéos sur le phénomène Anne .

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22 juin 2009

Paul à Québec

paulaquebecMichel Rabagliati
Série Paul tome 6
La Pastèque
187 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Sixième tome des aventures de Paul.  L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au cœur de ce nouvel opus.

Mon commentaire:

J'aime le travail de Michel Rabagliati. Depuis le tout début. Ses bandes dessinées sont des instantanés de vie dans lesquels on se reconnaît assurément. Paul à Québec ne fait pas exception et en plus, c'est une histoire très touchante qui m'a fait verser quelques larmes. Cependant, dans l'univers de Paul il y a toujours place à l'humour, même si le sujet abordé n'est pas rose tous les jours. Ici, l'auteur nous parle d'une famille, celle de la femme de son alter-ego, Paul. Les retrouvailles entre les membres de la famille, les repas, les fêtes, on s'y retrouve beaucoup. Les petites blagues entre les membres d'une même famille, les activités qui les unissent, on retrouve l'esprit familial dans cette bande dessinée. Jusqu'à ce que Paul et sa conjointe soit confronté à l'inévitable: le vieillissement d'un parent, la maladie, le deuil.

Comme d'habitude, Michel Rabagliati sait doser à la perfection l'humour qui se glisse ici ou là, même dans les moments les plus difficiles. Comme dans la vie. Des fous rires imprévisibles aux larmes qu'on ne peut retenir, c'est une bande dessinée remplie d'émotions, comme je les aime. Lire Paul c'est aussi se retrouver un peu. Et c'est ce que j'aime profondément du travail de Rabagliati. Il nous parle de lui, mais aussi de nous. Il réussit toujours à venir me chercher, que ce soit par la nostalgie, le rire ou l'émotion.

Contrairement à beaucoup d'auteurs, je trouve qu'au fil des oeuvres de Michel Rabagliati, son travail prend de plus en plus d'ampleur, de qualité. Ses parutions sont toujours à surveiller, elles sont excellentes. J'ai beaucoup aimé la fin de cette histoire-ci, qui traite le deuil et la mort avec une infinie tendresse et un grand respect...

Michel Rabagliati est un incontournable. À lire absolument!

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21 juin 2009

Rapide blanc

rapideblancPascal Blanchet
La Pastèque
150 pages

Résumé:

Rapide-Blanc se trouve aux abords de la rivière Saint-Maurice et d'un barrage hydro-électrique. À l'époque, ce «village de compagnie» avait été érigé par la Shawinigan Water and Power à l’intention des ouvriers de l’entreprise. Isolés en forêt, les gens devaient donc habiter sur place. Il y avait une petite station de ski, une église, un magasin général; bref, c'était un microcosme d'un véritable village. Dans les années 70, le village a été démantelé. Aujourd'hui, il reste encore sept ou huit maisons en brique. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois.

Mon commentaire:

Rapide Blanc est un petit village créé de toutes pièces par la Shawinigan Water and Power Company à une soixantaine de kilomètres au nord de La Tuque. Ce village abritait en fait une centrale électrique construite autour de 1930. Pour inciter des travailleurs à s'y rendre, la compagnie fit construire un beau village. Celui-ci fut fermé en 1971 par Hydro-Québec, victime en quelque sorte des progrès de la technologie. Le village abrita au cours de sa courte existence environ une cinquantaine de maison et 250 personnes.

L'album de Pascal Blanchet nous raconte en accéléré l'histoire de ce village, de sa conception jusqu'à sa fermeture. Il retrace à travers ses images très graphiques et une économie de mots, tout ce que fut Rapide Blanc. C'est un album très intéressant puisqu'il nous parle d'un sujet qui existe peu, celui des villages fantômes, mais surtout, de ceux qui y ont habités et des raisons pour lesquelles ils ont dû quitter leurs maisons. À mi-chemin entre la bande dessinée et l'album (car il n'y a pas de bulles ni de case mais le livre utilise une page pour une image) Pascal Blanchet fait revivre tout un monde aujourd'hui disparu. C'est un livre qui vaut la peine, un peu court toutefois, mais qui me donne envie de découvrir les autres oeuvres de l'auteur: La fugue et Bologne.

En complément:

Je vous invite à visiter le site du Rapide-Blanc, qui recrée à l'aide de photos historiques et d'articles de journaux la vie dans ce petit village.

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20 juin 2009

Milieu naturel

toxicplanet1David Ratte
Série Toxic Planet tome 1
Paquet
55 pages

Résumé:

On vous l'avait bien dit ! A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. ET c'est pas prêt de s'arranger... Bienvenue sur Toxic Planet !

Mon commentaire:

Cette série de bandes dessinées traite de l'écologie poussée à son extrême. Les personnages vivent dans un monde extrêmement pollué et doivent porter des masques à gaz en permanence. Ce qui laisse la place à de nombreux gags sur la vie qu'ils mènent, les problèmes à se reconnaître l'un l'autre et les réflexions qu'ils ont par exemple au musée, devant un arbre, dont on explique aux visiteurs qu'il poussait librement et aléatoirement sur la planète, avant...

C'est donc un album ironique, qui se veut un regard à la fois plein d'humour et une vision apocalyptique de ce que pourrait être éventuellement notre planète si on n'en prend pas soin plus qu'il ne le faut... Le premier album est à la hauteur, en offrant dans la moitié du haut de chaque page des cases de bd et une petite histoire en bas de chaque page à la manière d'un flip book lorsqu'on tourne les pages. Cette bande dessinée m'a suffisamment intéressée pour que je récidive plus tard avec la suite. Le sujet est original et traité de belle façon. Ça me plaît beaucoup.

En complément:

Le site de Toxic Planet, malheureusement très peu mis à jour...

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18 juin 2009

Nos étés - L'esprit des vacances dans le bas du fleuve (1900-1930)

nosetesSébastien Brodeur
Trécarré
160 pages

Résumé:

Comme en témoignent les personnages de la série Nos étés, les vacanciers fréquentent depuis longtemps les paysages majestueux du Bas-Saint-Laurent. Le temps d'une saison, ils chantent, dansent et respirent avec ravissement un air pur ou se mêlent les arômes salins du grand fleuve et les parfums enchanteurs de la campagnes. Qu'ils courent les nombreuses soirées galantes ou ne cherchent qu'à se reposer sur les grèves paisibles, leur présence marquera à jamais ce charmant coin de pays. C'est leur histoire qui est ici relatée, L'histoire de la famille Desrochers, de leurs voisins les Belzile et de tous les autres villégiateurs venus d'aussi loin que Toronto ou New York pour admirer les beautés naturelles et rencontrer les gens de cette région exceptionnelle qui borde les rives du Saint-Laurent.

« Ici, respirons, roulons-nous sur l'herbe, attrapons les mouches, plongeons-nous dans la marée montante...»
Arthur Buies, 1873

Mon commentaire:

Nos étés c'est d'abord et avant tout une série télévisée racontant le destin de deux familles, dans le Bas-Saint-Laurent. Cette région était une destination très prisée des bourgeois au début des années 1900. Qu'on ait vu ou non la série, ce livre de Sébastien Brodeur demeure un ouvrage très intéressant pour qui se passionne pour l'histoire. À travers de nombreux aspects comme l'hébergement, les transports, les divertissements, on apprend à mieux connaître ceux qui venaient passer de longs mois de vacances dans le Bas-Saint-Laurent.

Le livre est construit en alternant des photographies tantôt issues des archives, tantôt tirées de la télésérie. On fait facilement la différence entre les deux puisque ces dernières sont en couleurs. Dans ce livre, on apprend une foule d'anecdotes intéressantes. Les vacances étaient avant tout réservées à une certaine élite, la plupart du temps de grandes familles anglaises. L'idée de partir en villégiature pendant de longs mois est d'ailleurs une idées typiquement anglaise. À l'époque, les journaux locaux tenaient une liste des faits et gestes de la région, indiquaient les arrivées et les départs de telle ou telle famille. La présence de certaines personnes respectées pouvaient faire la renommée d'un petit village qui devenait tout à coup la destination tendance. Certaines anecdotes sur l'idée qu'on se faisait des voitures, sur les convenances ou même le maillot de bain font certainement sourire aujourd'hui. J'ai été également étonnée d'apprendre que plusieurs familles de cultivateurs offraient leur maison en location aux plus nantis et convertissaient le "fournil" (sorte d'hangar ou de bâtiment de ferme) en maison estivale pour eux-même. L'arrivée des estivans étant une source de revenus non négligeable pour plusieurs familles de la région.

Nos étés est un très beau livre sur une certaine partie de notre histoire peu exploitée, celle du divertissement et du délassement, longtemps réservée à l'élite et la bourgeoisie. Alors que pour leur part, les classes moyennes et les plus pauvres, étaient plutôt au service de ces bourgeois qui venaient de loin et débarquaient pour plusieurs mois avec leurs domestiques et des tonnes de malles. Ce livre porte bien son sous-titre puisqu'il véhicule à merveille l'esprit des vacances d'une certaine époque et l'histoire estivale de toute une région.

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17 juin 2009

La mystérieuse Frances Rain

mysterieusefrancesrainMargaret Buffie
Éditions Pierre Tisseyre
293 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Lizzie a quinze ans, un nouveau beau-père qu'elle déteste et une famille qui se dispute sans arrêt. Comme chaque année, elle rejoint le chalet de sa grand-mère au bord du lac, où elle doit passer l'été. Le site est enchanteur. Pour échapper à sa famille, Lizzie part explorer une petite île oubliée. La découverte qu'elle y fera est étonnante!

Mon commentaire:

Ce roman est l'un de mes livres jeunesse préférés. Je l'ai lu vers l'âge de l'héroïne, peut-être même un peu plus jeune. Il m'avait fait voyager au bord d'un lac le temps d'un été en ville caniculaire. Je l'ai relu depuis à quelques reprises et c'est une histoire qui me plaît toujours beaucoup. Ce roman n'est malheureusement plus très connu et pourtant il le devrait. L'écriture est très simple, agréable.

L'histoire raconte la vie de Lizzie, une adolescente à la croisée des chemins. Trop jeune pour certaines choses, trop vieille pour d'autres, elle se cherche et se découvre tranquillement. Elle n'a plus trop envie de passer tout l'été près de sa famille et décide de s'échapper vers le lac et ses îles. C'est un roman sur le détachement que tout jeune doit faire avec ses parents un jour ou l'autre. Sauf que sur l'île, la découverte qu'elle fera l'amènera à jeter un autre oeil sur elle et sa famille et à comprendre certaines choses...

L'auteur utilise un brin de fantastique et un peu d'histoire pour agrémenter son roman et pour faire rêver ses lecteurs. Le chalet de la grand-mère semble tout simplement idyllique et donne envie d'être en vacances. Lizzie est un personnage intéressant et attachant, avec ses questionnements et ses rêves. Son exploration de l'île est une vraie aventure!

Un livre moins connu aujourd'hui, à découvrir assurément car il réserve de beaux moments de lecture! À noter que ce livre a remporté une panoplie de prix largement mérités.

En complément:

Le site web de l'auteur (en anglais)

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12 juin 2009

Dahlia

dahliaBarbara McClintock
Circonflexe
32 pages

Résumé:

Charlotte vit toutes sortes d'aventures avec Bruno, son ours en peluche. Jusqu'à ce qu'un beau matin, un colis arrive pour elle. Dans la boîte, il y a une poupée...

Mon commentaire:

C'est d'abord le dessin vieillot, à l'ancienne, qui m'a attiré. L'histoire raconte la vie de Charlotte, une petite fille, qui aime jouer dans la boue, ramasser des insectes, grimper aux arbres. Elle n'a pas de poupée et ne les aime pas. Elle me fait terriblement penser à moi lorsque j'étais petite. Un jour, tante Alice lui envoie une poupée. Charlotte est un peu contrariée puisqu'elle croit que cette poupée va l'empêcher de mener la vie qu'elle mène avec Bruno, son ours en peluche. Mais Charlotte découvrira que même une poupée peut avoir les mêmes jeux qu'elle...
Cet album est en fait une belle façon d'aborder la façon dont on présente les jouets aux garçons comme aux filles. J'y vois une forme de représentation de ce que l'on s'attend d'une petite fille... alors qu'au fond le plus important pour les enfants est de s'amuser. La tante Alice est un beau personnage de vieille femme, qu'on croit dure et sévère... alors qu'elle nous révèle une petite surprise. Un joli album aux airs d'antan.

Un extrait:

"Nous aimons faire des trous dans la terre et grimper aux arbres, confia Charlotte à la poupée. Pas de petites réceptions pour le goûter, pas de promenades en landau bordé de franfreluches. Il va falloir t'habituer à notre façon de vivre."

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08 juin 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

cerclelitterairedesamateursdepluchuresdepatatesMary Ann Shaffer & Annie Barrows
NiL éditions
390 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour et d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Mon commentaire:

Sitôt la dernière page tournée, j'avais envie de relire ce roman épistolaire exceptionnel. Pour moi, il n'en est rien de moins. Il est arrivé dans ma vie pendant un moment difficile. Il m'a permis de faire une escapade ailleurs, de rencontrer des personnages intéressants et de rire. Je l'ai emprunté. Je compte bien me l'acheter. J'ai passé des heures magnifiques à Guernesey, une petite île anglo-normande dont je ne connaissais même pas l'existence. Ce roman-bonbon est une lecture à la fois amusante, humaine, aux personnages inoubliables de bonté et de coeur. L'histoire, qui se passe après la guerre, pourrait être tragique. Même si les faits racontés le sont, le roman en est un d'espoir. J'avais envie de noter tous les passages pour les lire et les relire. Ce roman m'a fait pensé à 84 Charing Cross Road. Les lettres échangées sont impertinentes, amusantes, drôles. On a envie de faire comme Juliet, de prendre le bateau et de partir pour Guernesey, retrouver les membres du cercle littéraire.

Tout m'a plu dans le roman. Les personnages, la façon dont Dawsey et Juliet entrent en contact (je rêve moi aussi que quelqu'un m'écrive aprês avoir acheté un de mes bouquins vendus dans une bouquinerie d'occasion!), l'intrigue, les romans, les lettres... Si vous n'avez pas encore lu Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de grâce, lisez-le! L'histoire plaira à tous ceux qui aiment les livres et la simplicité de la vie.

Un petit mot sur les auteurs du livre. Mary Ann Shaffer a été bibliothécaire et libraire. On le sent dans son roman, l'amour des livres, l'amour des mots. Elle nous parle d'un univers qui nous est cher, nous, les lecteurs. Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est sont premier - et malheureusement dernier - roman. Elle est décédée en 2008, après avoir appris que son livre serait publié. Elle n'en connaîtra pas le succès mais je trouve réconfortant de savoir que son livre comble nombre de lecteurs. Annie Barrows est sa nièce, avec qui elle a écrit le livre. Elle est auteur de livres pour enfants.

Quelques extraits:

"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." p.21

"J'adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C'est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l'argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l'amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l'idée d'avoir la primeur des nouveaux livres." p.28

"Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais." p.80

"Savais-tu que Wilkie Collins avait entretenu deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants? Il devait avoir des soucis d'organisation terrifiants. Pas étonnant qu'il se soit adonné au laudanum." p.88

"Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et préjugés, et m'a grondée de ne lui avoir pas parlé d'Elizabeth Bennet et de Mr. Darcy. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés, sans angoisse, sans mort et sans cimetières! Que lui avions-nous caché d'autres?". p.291

"Toute ma vie, j'ai cru que l'histoire se terminait quand le héros et l'héroïne annonçaient leur mariage. Et, après tout, ce qui est bien pour Jane Austen devrait suffire à tout le monde. Mais c'est faux." p.390

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03 juin 2009

Libre et légère

libreetlegereEdith Wharton
Flammarion
207 pages

Résumé:

La jeune, belle et capricieuse Georgie renonce à son amour pour Guy Hastings afin d'épouser lord Breton, plus vieux d'une quarantaine d'années mais fort riche : tel est l'argument audacieux de ce premier court roman d'Edith Wharton écrit en 1877, à l'âge de quatorze ans. Oeuvre majeure entourée d'un parfum de soufre, Libre et légère surprend non seulement par sa maturité mais aussi parce qu'il contient en germe un grand nombre de thèmes whartoniens : l'impossibilité d'aimer son égal, l'horreur du mariage, la solitude de l'adolescence, le contraste entre la femme volontaire, née pour l'exception et la jeune fille modeste et vertueuse, promise à une vie normale.

Mon commentaire:

Libre et légère comporte deux textes qui sont intimement liés même s'ils ont été écrits à trente ans d'intervalle. Le premier texte, Libre et légère, a été écrit par Edith Wharton à l'âge de quatorze ans. Après la lecture d'un tel texte, on a du mal à croire qu'il a été écrit à un si jeune âge. Déjà, Wharton pose un regard critique sur le monde rempli de conventions qui l'entoure. Il faut dire que la jeune Edith, a déjà à l'époque cette maturité propre aux jeunes filles que l'ont préparait à devenir de parfaites épouses, le mariage étant souvent un des seuls buts de leur existence. L'époque et les cercles dans lesquels Wharton évoluaient lui font voir ce qu'on attend d'elle et les rouages qui composent les mariages. Ceci expliquant peut-être sa si grande maîtrise et sa capacité d'écriture déjà très développée. Ce court roman semble avoir hanté Edith Wharton puisqu'elle y revient trente ans plus tard en écrivant la nouvelle Expiation.

Ce second texte met en scène une femme vertueuse qui écrit un roman intitulé Libre et légère. Ce roman au titre sulfureux, laisse entrevoir une histoire choquante et cause du tourment dans l'entourage de l'écrivaine. En écrivant sur l'écriture, Wharton pose clairement la question de ce qui fait une bonne écrivaine, jusqu'à quel point doit-on se laisser aller dans son sujet. Jusqu'où doit-on l'aborder? Doit-on dire tout ce qu'on a à dire, au risque de déplaire ou de choquer? Expiation pose également l'idée de l'attente des critiques qui suivent la parution d'un premier roman. Libre et légère, écrit sous un pseudonyme masculin, ne semble pas avoir reçu de très bonnes critiques à sa parution, comme on peut en lire des extraits dans le livre. Mrs Fetherel dans Expiation est déçue de ce qu'on dit de son histoire. Expiation est en quelque sorte un retour sur les écrits de Wharton et sa condition de femme écrivaine dans une société remplie de conventions et de faux-semblants.

Il est intéressant d'avoir regroupé les deux textes sous une même couverture, puisque les deux me semblent vraiment liés. Libre et légère annonce déjà l'écrivain en devenir qu'a été Wharton. Expiation pose un regard et un questionnement sur l'écriture et ce qui compose les romans.
Un livre bien agréable à découvrir.

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24 mai 2009

L'anglais n'est pas une langue magique

anglaisnestpasunelanguemagiqueJacques Poulin
Leméac / Actes Sud
155 pages

Résumé:

Francis, le petit frère de l'écrivain Jack Waterman, est " lecteur sur demande ". Un coup de fil et il arrive chez vous dans sa Mini Cooper. Il aime les textes qui parlent des Indiens, de la traite des fourrures, de la place immense que le français a déjà occupé en Amérique. Sa cliente principale est Limoilou, une jeune fille de Québec qui porte encore aux poignets les cicatrices qu'elle avait à la fin de La traduction est une histoire d'amour. Les mots que lit Francis ont parfois des vertus thérapeutiques. Le petit frère serait presque heureux, mais il y a ce rendez-vous manqué avec une mystérieuse femme, et la " Police montée " qui le prend en filature devant les Plaines d'Abraham où la Nouvelle-France est tombée jadis aux mains de l'Angleterre...

Mon commentaire:

Lire Jacques Poulin, c'est retrouver un univers qui m'est cher et que je connais bien. Un univers peuplé de livres, d'écriture, de lecture, de chats et de la ville de Québec. C'est aussi un univers tout en douceur, une écriture limpide comme de l'eau claire. J'aime profondément tous les écrits de Poulin, car j'ai le sentiment qu'il me parle à travers ses personnages. Ses mots résonnent en moi comme de bons amis que l'on retrouve. Ce roman, même s'il est très court, ne fait pas exception. On retrouve pleins de personnages entrevus dans d'autres de ses romans. On savoure des extraits de livres et des paroles de chansons. À cause de Poulin, j'ai envie de lire les aventures de Lewis et Clark. Dans L'anglais n'est pas une langue magique (ce que j'aime ce titre et tout ce qu'il représente!), on côtoie un écrivain, une jeune fille qui s'éveille au pouvoir des mots, un lecteur sur demande. Lire Poulin ne se décrit pas. Si on aime, c'est passionnément et c'est une rencontre avec un auteur et ses mots qui nous touchent beaucoup...

La couverture qui me plaît bien, est un détail de la toile du peintre québécois Ozias Leduc, Le Jeune Élève (1894).

Un extrait:

"Le copain était assis à côté du lit, sur une chaise droite, et lui caressait la main. Je me tenais debout, accoudé sur l'aooui de la fenêtre, pour profiter de la lumi`re naturelle. Couchée sur le dos, Chloé avait l'air de dormir. Elle était sous perfusion et un moniteur surveillait son activité cérébrale, mais elle respirait par elle-même. Je me trouvais dans une situation nouvelle. Le mot coma, d'après mon Petit Robert, veut dire "sommeil profond". En réalité, la fille était égarée dans un pays étrange dont on ne savait presque rien. On pouvait seulement dire qu'elle reposait quelque part entre la vie et la mort, et qu'un jour elle aurait à choisir un monde plutôt que l'autre. Mon travail consistait à influencer son choix. Pour y arriver, je n'avais rien d'autre que les mots." p.99

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22 mai 2009

Vera

VeraElizabeth von Arnim
Salvy
287 pages

Résumé:

Quelques mois après la mort mystérieuse de Vera, Everard Wemys se remarie avec Lucy, de vingt ans sa cadette. Mais le souvenir omniprésent de Vera, les doutes relatifs à sa mort font planer sur le couple, qui s'est installé à la campagne, dans la grande maison où eut lieu le drame, une ombre noire que ni l'un ni l'autre ne parviendront à chasser.

Mon commentaire:

Après avoir lu Vera, le beau-frère d'Elizabeth von Arnim a dit: " J'ai donné à mes enfants un conseil de prudence : n'épousez jamais une romancière ". Et après l'avoir lu à mon tour, je lui donne un peu raison! Quel roman! Vera est époustoufflant de maîtrise! Elizabeth von Arnim me fascine au fur et à mesure que je découvre ses oeuvres. Elle maîtrise à la perfection la psychologie de ses personnages pour nous offrir avec Vera, un roman qui donne le frisson. Une courte phrase résume à merveille l'esprit du livre. Nébuleuse pour qui n'a pas lu le roman, elle prend tout son sens quand on en connaît la trame:

"Que d'obstacles avons-nous rencontrés,
Avant d'être assis pour prendre notre thé."
p.210

Je trouve très difficile de parler de Vera sans en dévoiler l'intrigue. Si vous avez l'intention de le lire et que ce n'est pas déjà fait, ne lisez pas plus loin vous risquez d'être passablement déçus. Je crois que Vera tient beaucoup à la surprise que l'on éprouve au fil de la lecture.

Même si elles ne sont pas clairement définies (on le sent à la lecture), le roman est construit en deux parties. La première parle du temps avant le mariage. Elle peut sembler un peu longuette, cependant, elle met en place le décor et les personnages pour la suite. Lucy et Everard se rencontrent alors que les deux sont endeuillés. Everard a perdu sa femme dont la mort est nébuleuse et tous les journaux sont sur son cas. Lucy vient de perdre le seul homme de sa vie, son ami, son complice: son cher papa. Lucy est dans la toute jeune vingtaine et a l'air d'une enfant. Elle s'attache à Everard, un homme dans la quarantaine, comme elle le ferait avec un père remplaçant. Horrifiée quand il l'embrasse pour la première fois, elle croit avoir par la suite des sentiments pour lui et décide de l'épouser. C'est alors qu'Everard montre sa vraie nature... et que débute la seconde partie du livre.

Ce roman, dès qu'on le commence, fait beaucoup penser à la Rebecca de Daphné Du Maurier. Les deux livres ont des points communs, même s'ils s'avèrent totalement différents. Le titre, déjà, qui fait référence dans les deux cas à la première épouse décédée. Mais alors que dans le roman de Du Maurier la seconde épouse commence à détester la place que prend l'ombre et le fantôme de Rebecca, dans Vera, Lucy se fait en quelque sorte une alliée du souvenir de cette femme qui hante encore la maison, contre Everard qui s'avère être une vraie brute. Pas une simple brute. Everard est bien pire... C'est un homme à cheval sur des principes boiteux, très désireux que sa maison soit tenue en ordre et selon ses goûts. Il parle à sa femme comme à une enfant trop gâtée qu'on trouve exaspérante, exige de ses domestiques des choses absolument épouvantables, et donne des ordres qui sont souvent un non-sens. Sa façon d'être donne le frisson, car on a l'impression de voir en lui une bombe à retardement. Il n'y a qu'à penser à la fixation qu'il fait des dates, des heures, de son anniversaire... Tout doit être calculé et planifié à la seconde près. Il minute le temps que prennent ses employés à répondre lorsqu'il sonne. Il a préalablement fait le trajet lui-même pour s'assurer du temps requis... Auprès d'Everard le quotidien prend l'ampleur d'un parcours du combattant. Seulement, Lucy ne le sait pas encore tout à fait...

Je me suis glissée dans ce roman jusqu'à prendre la place de Lucy. Plusieurs fois pendant ma lecture j'ai écarquillé les yeux d'étonnement. Je me suis surprise à appréhender anxieusement tous les mouvements que pourrait faire Everard, toutes les situations où il pourrait réagir, intervenir. Everard est un personnage profondément détestable, alors qu'on ne peut que se prendre d'affection pour Lucy, même si elle est parfois si naïve, si enfantine. Et l'estomac noué, on se questionne. Car à partir de la seconde moitié du roman, c'est un vrai suspense. En découvrant la folie d'Everard, on se demande comment l'auteur terminera ce livre... La fin, abrupte, est glaçante... si on se plaît à imaginer la suite. C'est ce que j'aime chez von Arnim, ses fins sont achevées, mais sans l'être trop, et laissent place à une certaine imagination. On aime ou non. Moi, je suis conquise.

Vera est un vrai petit bijou de cruauté. Un roman que j'ai adoré, qui génère énormément d'émotions. Même s'il s'agit d'une histoire très sombre, c'est à lire, assurément!

Quelques extraits:

"Après tout, pensa-t-elle en contemplant le reflet des flammes sur le parquet bien ciré, seuls les gens qui ont du tempérament peuvent épouser ceux qui en ont. Ils se comprennent, se disent les même choses, se les renvoient comme des fusées de feu d'artifice, savent exactement combien de temps cela durera, et la violence de leurs émotions leur évite de connaître la mortelle solitude où se trouvent ceux qui ne savent pas s'emporter.
La solitude.
Elle leva la tête et, du regard, parcourut la pièce. Non, elle n'était pas seule. Il y avait toujours...
Brusquement, elle se dirigea vers la petite bibliothèque de Vera, et prit les livres, un à un, vite, voracement, lisant les titres, tournant les pages avec une sorte de frénésie, afin de savoir, afin de comprendre, Vera..."
p.180

"Le livre, tombé des mains de Lucy, était encore ouvert, à ses pieds. Si c'est là le soin qu'elle prend des livres, il ferait bien de réfléchir avant de lui confier la clef de la bibliothèque vitrée, pensa-t-il. C'était un livre de Vera. Vera, de toute façon, ne prenait aucun soin de ses livres; elle ne cessait de les relire. Il se pencha, afin d'en voir le titre, voir ce à quoi Lucy avait pu attacher plus de prix qu'à sa conduite envers son mari, durant cette journée. Les hauts de Hurlevent. Il ne l'avait jamais lu, mais il se souvint d'avoir entendu dire que c'était une histoire morbide. Elle aurait pu trouver mieux à faire pour meubler cette première journée dans sa nouvelle demeure que de le laisser seul pour lire un roman morbide!" p.190

"Au petit déjeuner, il annonça à Twite, qui sursautait chaque fois qu'on lui adressait la parole: "Mrs Wemyss arrive aujourd'hui."
Le cerveau de Twite fonctionnait très lentement, ce qui était dû au fait qu'il passait le plus clair de son temps à sommeiller dans son sous-sol. Pendant quelques minutes - il en tressaillit - , il pensa que Monsieur avait oublié que Madame était morte. Devait-il le lui rappeler? Cruel dilemme... Heureusement, il se souvint à temps de l'existence de la nouvelle Mrs Wemyss, et put encore dire: "
Bien, Monsieur", sans trop hésiter." p.245

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19 mai 2009

Resurrection Row

4resurrectionrowAnne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 4
10/18
313 pages

Résumé:

"Bas les masques", tel paraît être le mot d'ordre d'Anne Perry dans la série de romans où elle met en scène son couple de héros "victoriens", l'inspecteur Thomas Pitt et son épouse Charlotte, les personnages de roman policier les plus pittoresques et attachants qui nous aient été donnés à découvrir ces dernières années. Dans le Londres de la fin du XIXè siècle qui sert de cadre à leurs exploits, c'est en effet le code hypocrite de bonne conduite de la société anglaise de l'époque qui se trouve singulièrement mis à mal, sa corruption et sa fausse respectabilité. Anne Perry ou le polar au vitriol : décapant!

Mon commentaire:

Ce quatrième volet des aventures de Charlotte et Thomas Pitt me semble encore plus abouti que les deux précédents. Au niveau de l'intérêt, je place ce roman au même pied d'égalité que le premier. L'histoire est très intéressante car elle présente en quelque sorte deux aspects différents. L'auteur nous mène sur les traces d'un criminel qui exhume des cadavres et s'amuse à les disséminer à travers différents quartiers. Nous suivons ces découvertes au fil du roman et de l'enquête de Thomas Pitt pour découvrir qui s'amuse à jouer avec les morts, que l'on retrouve dans les endroits les plus inusités. L'histoire nous offre parallèlement le portrait social des bas-fonds de Londres à travers un projet de loi qui tient à coeur à plusieurs personnages du roman. Cet aspect étant beaucoup plus développé me semble-t-il que dans les précédents tomes, je le trouve également plus intéressant. Les pages défilent à toute vitesse et plusieurs possibilités s'offrent au lecteur qui tente de découvrir le coupable. Personnellement, je ne trouve jamais. Anne Perry a le don de me plonger dans cette Angleterre Victorienne où j'ai l'impression de voyager, d'observer les comportements, les maisons, les robes, les mentalités, et où je me laisse totalement emberlificoter dans l'intrigue. Toujours, une excellente série!

Quelques extraits:

"Ce garçon a un caractère en or et, surtout, il ne se donne pas de grands airs, ce qui nous change du voisinage! Bien sûr, ses manières sont désastreuses, sans parler de son physique et de son accoutrement! Mais que voulez-vous, l'argent rachète une foule de péchés.
-Et la gentillesse encore davantage, souligna Charlotte.
-Voyons, ma chère, dans notre monde on ne juge que sur l'apparence et non sur la réalité."
p.113

"Carlisle le conduisit un peu plus loin, là où une demi-douzaine de gamins décousaient des pantalons; certains ne devaient pas avoir plus de quatre ans.
-Trois de ceux-là sont à Bessie, expliqua Carlisle. Regardez-les. Avant, ils travaillaient chez eux, à domicile; mais la construction de la nouvelle voie de chemin de fer a nécessité l'évacuation des taudis. Leur maison a été rasée. Le mari de Bessie et ses aînés fabriquaient des boîtes d'allumettes - deux pence et demi pour cent quarante-quatre allumettes et, avec ça, ils étaient obligés d'acheter eux-même la pâte et la ficelle. Autrefois, Bessie travaillait pour l'usine d'allumettes Bryant & Mays. Elle souffre aujourd'hui de phosphorisme chronique, une nécrose de la mâchoire causée par le phosphore, ce qui explique sa curieuse façon de parler. Elle a seulement trois ans de plus que Lady Alicia. Vous ne l'auriez jamais cru, n'est-ce pas?
C'en était trop pour Dominic, qui murmure, épouvanté:
-Je voudrais sortir d'ici...
-Eux aussi, vous savez..."
p.167

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17 mai 2009

Mr Skeffington

mrSkeffingtonElizabeth von Arnim
Salvy
419 pages

Résumé:

Lady Frances Skeffington - Fanny pour ses amis - va avoir cinquante ans. Elle vit dans l'un des quartiers les plus chics de Londres, entourée de domestiques. Elle a divorcé il y a vingt ans de Job Skeffingtion, un juif richissime qui, depuis, a quitté Londres. Mais son souvenir ne cesse de la hanter. Son médecin lui conseille de revoir ce mari longtemps oublié, et de revoir les amants qui l'ont accompagnée au long de sa vie.

Mon commentaire:

Le résumé de l'histoire n'est certes pas fantastique et ne donne pas vraiment envie de lire le roman. Les premiers chapitres sont un peu longuets, avant que l'on comprenne ce qui motive Fanny et ce que sera son parcours. Fanny a peur de vieillir. Elle a connu la gloire et la beauté dans les cercles bourgeois, a été adulée par tous les hommes et ne manquait pas de prétendants. Elle n'a cependant jamais voulu se remarier et à l'aube de la cinquantaine, elle constate que sa beauté se fane, qu'elle n'a ni mari, ni enfants, et rien devant elle qui la fasse espérer et profiter de la seconde moitié de sa vie.

L'histoire de Mr Skeffington est moins lumineuse que celle d'Avril enchanté par exemple. Mais même avec un sujet qui ne m'intéresse pas vraiment, l'auteur a réussis à me captiver et c'est avec plaisir que j'ai lu cette histoire. L'écriture de von Arnim est remplie d'anecdotes et même si l'humour y est plus subtil, son talent est de réussir à créer une atmosphère qui rejoind ses précédents romans et des personnages haut en couleurs, parfois amusants, quelques fois pitoyables. Fanny n'est pas à proprement parler un personnage attachant. Elle est tourmentée par elle-même et ne se rend pas toujours compte du mal qu'elle peut faire autour d'elle. Par moment elle est exaspérante, par d'autres elle est préoccupée ou même amusante. Certaines scènes valent la peine, il n'y a qu'à penser à la party organisée chez Fanny ou certaines scènes chez ses amants. La fin du livre est tout à fait à mon goût et laisse place à plusieurs interprétations de l'événement, à plusieurs niveaux de compréhension. J'aime les fins que donne von Arnim à ses livres.

Mr Skeffington est le dernier roman d'Elizabeth von Arnim. Son personnage de Fanny est cruel et cynique envers les femmes de son âge et la vieillesse. Elle cache une profonde aversion pour ce qu'elle voit changer en elle en vieillissant. En sachant qu'Elizabeth a connu un premier mari qui est décédé, s'est remariée avant de divorcer, je me demande si les préoccupations de Fanny dans le roman ne sont pas un peu celles de von Arnim... Même s'il s'agit d'un roman, on ne peut s'empêcher de faire le lien, en sachant que les écrits de von Arnim sont toujours très autobiographiques...

Quelques extraits:

"C'est une situation sans issue que de tenter de faire disparaître quelqu'un qui n'est pas là." p.28

"Voulait-il la punir de l'avoir appelé "chéri" devant Audrey? Si c'était le cas, alors il n'était plus le Jim qu'elle avait connu, et plus vite elle quitterait cette maison, mieux ce serait. Elle n'était pas faite pour les cercles de famille. Qu'on la laisse rentrer à Londres et se débrouiller toute seule avec ses problèmes! Et puis, quand l'hôte est contrarié, l'hôtesse bouleversée, la mère de l'hôtesse soupçonneuse et le père un inlassable bavard, il est temps, pour l'invitée, de partir." p.195

"Bien des maris avaient dû encaisser des coups pires qu'une mèche qui tombe! Ce n'est pas pour ses cheveux qu'un homme épouse une femme dans la cinquantaine. Seul un imbécile ou un tout jeune homme pourrait s'imaginer qu'à cet âge une femme ne commençât pas à tomber en lambeaux..." p.350

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